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Randonnées

Corse - Le GR 20, sept./oct. 2002

Cet article retrace deux semaines passées en Corse, sur le GR20 du 18 septembre 2002 au 2 octobre 2002 avec pour compagnons de route Nicolas D. et Frédéric U.
Une galerie photos est disponible ici.

Le GR partant de Calenzana (à côté de Calvi au nord ouest de la Corse) et s’arrêtant à Conca (au nord de Porto Vecchio, au sud est de l’île), dessine une longue diagonale nord-ouest sud-est.

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Vue d’ensemble de la Corse

De Calenzana à Bocca a u saltu (J1 le 18/09/2002)

Nous avions prévu de parcourir la moitié du GR et de partager nos deux semaines de vacances en Corse de la façon suivante :
- Randonnée, de Calvi jusqu’à Vizzavona soit la moitié du GR en 9 jours
- retour sur Calvi par le train et plage durant le reste du séjour

Notre programme a été légèrement modifié...

Arrivée à l’aéroport de Calvi vers 12h30 sous un magnifique soleil, puis taxi pour rejoindre le centre ville, déjeuner en terrasse, plage et trempette sous un soleil généreux.
Mais les fourmis sont la et les montagnes nous appellent !! Trop c’est trop, à 15h00 nous prenons la décision de commencer notre randonnée le jour même. Un petit tour au Supermarché pour acheter la bouteille de gaz (interdite en avion) collective, des pâtes et de la charcuterie (coppa, lonzo et figatelli) pour moi qui suis un peu léger en nourriture, puis nous reprenons le taxi jusqu’au village de Calenzana (altitude 275m) au pied des montagnes. Les derniers préparatifs s’effectuent à la place du village : des sparadraps sur les talons et les orteils pour prévenir les ampoules, de l’eau de la source pour remplir les gourdes (environ 3 litres par personne) et du pain.
Il est 16h00 quand nous nous mettons en route sous une chaleur assez conséquente. Après 2h00 de montée nous décidons de camper dans la nature, ce qui est strictement interdit, il faut camper à proximité des refuges et s’alléger de 3,5 euros par personne (utilisation du gaz du refuge, eau potable, coin vaisselle, toilettes et douches).

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Au dessus de Calvi, premier bivouac


Nous montons les tentes et commençons à dîner (pâtes chinoises, charcuterie et fromage) quand arrivent trois jeunes qui terminent leur GR. Il fait presque nuit et la fatigue se fait sentir, ils se joignent à nous pour le repas puis dorment à la belle étoile à côté de nos tentes. Ils sont pressé et partent le lendemain bien avant nous.

Bocca a u saltu à la Bocca Inuminata (J2) :

Fred est déjà levé quand, à 7h30, j’immerge de la tente. Après un brin de toilette au torrent et un petit déjeuner à base de thé et de pains au lait nous replions nos affaires et partons pour notre première vrai journée de rando (il est environ 9h00).
Nous continuons à nous élever et la vue sur le Golfe de Calvi est splendide.

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Vue sur Calvi depuis Bocca a u saltu


Comme la veille le temps est beau et chaud, l’air empli des senteurs de la garrigue. Je lève un faisan posé sur le chemin à quelques mètres. C’est avec soulagement que j’arrive à notre première halte. La chaleur et le lourd portage sont difficiles à supporter dans cette interminable montée (700 m déja) aussi l’arrêt à Bocca a u saltu, sur les crêtes nous permet de souffler un coup. Le point de vue est intéressant, on domine à l’est la forêt de Sambuccu et à l’ouest la vallée de la Fratta, les coteaux et vallons de Balagne plongent vers la mer, la citadelle calvaise se détache au loin... Le coin semble habituellement occupé par des bergers, comme en témoignent une cabane en pierres et les vaches qui paissent alentours.
Le chemin continue à grimper mais à l’abri du soleil, nous traversons une forêt de grands et beaux pins, puis un passage un peu plus technique au pied du Capu ghiovu (pic qui culmine à 1629m). Il faut ici grimper en utilisant les mains et un câble aide à l’ascension dasn les parties les plus raides.
Nous arrivons à 13h00 au refuge Otu di u Piobbu (1520m) avec juste assez d’eau. Repas froid (charcuterie et fromages) sous un soleil qui chauffe sacrément. Nous venons de boucler la première étape du GR20. Une des possibilités aurait été de monter jusqu’au Monte Curona (2144m) dans l’après-midi et de passer la nuit là.
A 14h15 nous repartons avec l’espoir d’arriver au second refuge qui est donné à 6h30 de marche. La longue montée (900m) jusqu’à la Bocca di Pisciaghja à 1940m me semble interminable. L’arrivée à la Bocca di Pisciaghja, nous laisse entrevoir la Corse centrale, dure, intransigeante et terriblement belle.

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Vue depuis la Bocca di Pisciaghja


Nicolas souffre beaucoup et nous rejoint un peu plus tard. il est très fatigué et désire s’arrêter pour camper. L’endroit très rocailleux se prête difficilement au plantage de tente. Nous nous concertons, Nico accepte de continuer.
La chemin poursuit en suivant les lignes de crêtes, notre destination est la Bocca Inuminata (1865m) à environ une heure de marche, ce col est le dernier avant une longue descente d’un peu plus d’une heure vers le refuge de Carrozu (1270m). Il est presque 18h00 quand nous perdons le balisage du GR, Nicolas et Fred font demi-tour pour retrouver les marques et -stupide animal- je continue. Le chemin semble se prolonger et il y a surement un moyen de rejoindre le col que l’on voit en face, tout proche pensais-je. Je m’enfonce toujours plus mais les chemins convergent tous vers une paroi à la verticalité pas très engageante. Têtu comme je suis, point de renoncement, je fais passer le sac en premier puis me glisse le long de la paroi. Quelques frayeurs plus tard je me retrouve dans ce vallon maudit. Le col est distant d’environ 200 mètres mais aucun chemin ne se dessine clairement dans la végétation constituée d’arbustes de 2m environ. Je m’engage finalement à quatre pattes dans une passage de sangliers. Très rapidement, la densité de la végétation devient extrême, , mon sac et moi-même nous accrochons partout, chaque arbuste semble tout faire pour me nuire, je suis en nage, fatigué et chaque mètre devient une corvée terrible. Je ne sais plus où me diriger, les arbustes sont trop hauts pour que je puisse m’orienter. Pendant quelques instants l’idée de passer la nuit ici me traverse : assez d’eau, à manger de quoi dormir...pas de quoi se faire du soucis en somme...
Heureusement j’entends la voie de Fred qui m’appelle !! Je le repère sur la crête juste à côté du col ; Nico et Fred sont déjà arrivés au col et Fred peut maintenant me guider vers le chemin le plus approprié. 20 minutes d’effort encore et je m’extrais de la végétation puis escalade les derniers mètres qui mènent au col !!
Je les rejoins épuisé, mais heureux que cette excursion improvisée ne m’ait pas causé plus de soucis, que cet avertissement soit resté sans frais... La nuit et le brouillard tombent. Tout content de m’en être sorti, je sens encore la force de descendre au refuge mais Fred me dit que Nicolas est très fatigué « J’en peux plus, j’ai les nerfs, la montagne me fait flipper... ». Hormis ma petite « escapade » nous avons effectué quand même effectué un dénivelé de positif de 1804m.
Après avoir écarté quelques cailloux nous plantons tant bien que mal nos deux tentes. Le terrain est légèrement pentu, il y a de la place pour une tente mais nous installons les deux, elles ne sont pas très tendues (surtout la mienne) et tiennent avec des cailloux car les sardines ne se plantent pas très bien au milieu de cette rocaille. Un repas chaud s’impose ; il est vite avalé sauf pour Nicolas qui n’a pas d’appétit ce soir là et qui grignote. Durant la nuit, des rafales de vent nous réveillent régulièrement.

De la Bocca Inuminata à Asco Stagnu (J3) :

Levés à 6h30, c’est une heure et demi plus tard que nous levons le camp. Les conditions météo sont identiques à celles de la veille (un grand soleil). Après une longue descente nous arrivons au refuge de Carrozzu (1270m) où nous nous réapprovisionnons en eau. Le gardien pas agréable du tout commence à nous sermonner : « Vous savez que c’est interdit, il faut camper aux refuges, des jeunes comme vous on en voit des centaines, ils ne veulent pas payer mais quand ils se font choper par le garde et qu’il faut payer 100 euros... ». Malgré nos explications « On était un peu court, la nuit tombait ... » son collègue est venu et nous a réclamé les 3,50 euros de bivouac. Pour ne pas faire d’histoire nous avons payé et sommes repartis : sympa l’accueil au refuge !
10 minutes plus tard nous atteignons la passerelle de Spasimata. Avec ses câbles et ses planches d’alu. de 35cm de long elle est suspendue à une dizaine de mètres au dessus d’une cascade : c’est un des lieux les plus photographiés du GR. Nous progressons ensuite au fond d’une étroite gorge dans un décor de dalles rocheuses qui surplombent le ruisseau. Cette montée est déconseillé par temps de pluie compte tenu des passages glissants et en surplomb, certains sont d’ailleurs équipés de câbles.
Au bout de deux heures de rude montée, le petit lac de Lavu di u Muvrella, est le lieux idéal pour faire une pause. la vue sur la vallée, le calme imposant, et le petit lac donnent à cet endroit un charme spécial et justifient bien les efforts consentis...

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Le lac Lavu di u Muvrella


Le Lavu di u Muvrella à 1860m est un tout petit lac peu profond (moins de deux mètres) qui gèle probablement sur toute sa hauteur en hiver empêchant toute vie aquatique de s’y développer durablement. Nicolas nous apprend que la montée a été très dure pour lui : il a étét malade dans a montée et a vomi son petit déjeuner ! Je tente de me baigner dans le lac mais l’eau est trop froid pour moi. Nicolas qui s’est remis fait un plouf !
Après une longue pause nous repartons vers 13h30 pour une courte ascension. La montée très raide nous mène à la Bocca di a Muvrella. Suit une descente d’une cinquantaine de mètres de dénivelé pour remonter vers un nouveau col : Bocca di Stagnu (2010m). Tout en bas, on devine Asco, la fin de l’étape du jour. La descente très raide nous fait perdre en 1h30 plus de 700m de dénivelé. Vers la fin de celle-ci nous traversons une superbe forêt de vieux pins larici.

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Vue sur la basse vallée d’Ascu Stagnu


Arrivé vers 15 heures au refuge Ascu Stagnu (1422m) avec Fred, nous attendons Nicolas et savourons la confort retrouvé : une bière pour moi. A son arrivée il nous dit qu’il jette l’éponge : les ampoules aux talons et la difficulté des étapes ont eu raison de son moral. Nous avons essayé en vain de le remotiver mais le retour à la civilisation est trop fort, nous sommes en effet dans une ancienne station de ski qui est desservie par la route.
Nous faisons la connaissance du parisien (Jean-Pierre) qui en est à son quatrième ou cinquième GR20. Le refuge est grand et bien équipé. Une bonne douche chaude et une lessive s’imposent ! Nous en profitons aussi pour nous ravitailler en pain. Le soir nous nous offrons une bière au bar de l’hôtel et un excellent repas : soupe, salade de tomate-laitue-œufs durs, gigot accompagné de soissons (gros haricots blancs corses), fromage (corse bien sûr) et raisin pour 15 euros !
Quant à moi, je me rend tristement compte que la rapide descente a mis à mal mon genou droit qui me fait maintenant souffrir bien que je n’ai rien senti sur le coup. Cette douleur me suivra jusqu’à la fin. Une leçon de plus sur l’utilité d’un bâton et la prudence à respecter dans les descentes.
A noter qu’il est possible à partir de ce refuge de passer une journée pour effectuer l’ascension du plus haut sommet de Corse, le Monte Cintu qui culmine à 2706 mètres.

D’Asco aux bergeries de Ballone (J4) :

Après avoir replié les tentes, Fred cède la sienne à Nicolas qui ne revient pas sur sa décision. Nous ne sommes plus que deux à nous élancer à 8h35.
Le GR emprunte un sentier très agréable qui remonte la vallée du Haut-Asco et offre des panoramas superbes. Le sentier continue la vallée qui s’élève jusqu’à la Bocca Tumasginesca (2183m) que nous atteignons à 11h00.

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La haute vallée d’Asco


On bascule au sommet sur le décor grandiose du cirque de la solitude (de son vrai nom E Cascettoni, « les grandes caisses » ) : effondrement rocheux gigantesque et encaissé.

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Vue plongeante sur le cirque de la solitude


Le site doit bien porter son nom en hiver mais ce n’est pas le cas aujourd’hui : le début de la descente est embouteillé par des personnes qui nous croisent... Nous en profitons pour allumer le réchaud et laisser passer la vague de randonneurs.

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Remontée du cirque de la solitudee


Les passages les plus délicats sont équipés de mains courantes. Deux cents mètres plus bas il faut remonter par la face nord pour arriver à la Bocca Minuta (2218m). L’ascension est tout aussi délicate que la descente, une échelle métallique et plusieurs mains courantes facilite la progression.

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Une petite halte avant le sommet !
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Descente de la Bocca Minuta vers le refuge de Tighjettu


Une petite collation au soleil avec Jean-Pierre et un couple de jeunes Grenoblois (Laurence et Laurent) à qui je fais goûter du lomo et du fromage basque et nous entamons la descente vers le refuge de Tighjettu (1640m) à partir duquel il est possible de grimper au Monte Cintu. J’ai emprunté la genouillère de Jean-Pierre mais la douleur est vice et je descends doucement.
Une courte pause dans le refuge tout en bois et c’est reparti pour la bergerie de Ballone(U Vallone de son vrai nom) à 1440 mètres. Il est 16h00 quand nous arrivons à destination et il est 16h15 quand je fais une rapide baignade dans une eau à 15°C. puis nous montons la tente et rejoignons Jean-Pierre, Laurent et Laurence sur la terrasse de l’auberge. Nous y dînons ensemble, il est composé de soupe suivi de ragoût accompagné de macaronis et de fromage. Après le repas gargantuesque de la veille nous restons sur notre faim.

De Ballone à Castel di Verghio (J5) :

Au cours de la nuit la pluie se met à tomber et un grand coup de vent oblige bon nombre de campeur à replanter quelques sardines, puis quelques coups de tonnerre ne nous disent rien de bon. Au réveil c’est la grisaille, nous replions la tente avant de nous mouiller et à 8h20 nous entamons l’étape sous la pluie. Sous les bois les salamandres sont de sortie.

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Jour de pluie, les salamandres sont de sortie


A 11h10, après une ascension rapide (650 mètres de dénivellés en 2h30 dans une pente raide et accidentée) sous le vent, la pluie et le brouillard, nous nous installons au chaud dans le refuge de Ciotullu a i Mori(1991m). Nous nous régalons de la soupe préparée la veille par le gardien, c’est la meilleure de tout le GR, une autre est en train de cuire pour les randonneurs du soir.
Nous voulions effectuer dans l’après-midi l’ascension du Capu Funatu (2335m) et du Paglia Orba (2525m) mais les conditions météo exécrables nous obligent à zapper cette excursion.
Descente le long du torrent parsemé de vasques qui doivent inciter à la baignade par beau temps mais le brouillard nous suit jusqu’à 1700 mètres d’altitude. Puis c’est une longue marche sous la pluie dans la forêt de Valdu Niellu (farcie de champignons) avant la fin de la journée.
Arrivée à 16h00 au gîte d’étape Castellu di Verghju (1404m) où nous retrouvons la civilisation (un hôtel restaurant, un gîte et un terrain de camping desservis par une route de montagne). Une bonne bière au bar et nous nous installons sur la pelouse à une dizaine de mètres de l’unique tente du campement, le terrain est clôturé afin d’éviter le désagrément d’une visite intempestive des porcs. Le cadre est loin d’être emballant mais la douche chaude fait du bien. Approvisionnement en pain, fromage et canistrelli (biscuits corses). La pluie s’est arrêté de tomber , le vent souffle sur ce col et les nuages défilent sans arrêt, pourtant le soleil qui apparaît de temps en temps nous laisse espérer une amélioration.
La nuit tombe et nous dînons derrière le bâtiment, à l’abri du vent, accompagnés de deux chats. Un renard nous rejoint un peu plus tard et s’approche à 50 centimètres de nous pour lorgner notre gamelle.

De Castel di Verghio à Manganu (J6) :

Départ à 8h35. Nous continuons la marche dans la forêt de Valdu Niellu sur un chemin assez plat. Puis c’est l’ascension vers la Bocca San Pedru (1452m). Sur une crête, un magnifique hêtre tout tordu nous indique dans quelle direction le vent a l’habitude de souffler... Le brouillard et le vent entrent en piste alors que nous longeons les crêtes jusqu’à la Bocca a Reta (1883m).

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Le Paglia Orba


La descente sur le lac du Lavu di Ninu (1760m) correspond à une amélioration de la météo. On en profite pour faire un pause, grignoter un peu et admirer la vue imprenable sur le Capu Funatu, le Paglia Orba et le Monte Cintu, déja au loin... Le lac s’étend sur plus de six hectares et demi, il est peu profond (11 mm) et c’est, paraît-il, le plus poissonneux de Corse car on y trouve une belle population de la fameuse petite truite corse « fario macrostygma ».
Nous déjeunons sous un beau soleil à quelques mètres de son eau, les bords sont couverts de pozzines (ce sont ces étranges pelouses parcourues par ces entrelacs de petits ruisseaux, typiques des abords de plans d’eau de montagne. Constituées de tourbe elles témoignent du comblement progressif de ces anciens lacs glaciaires. Elles tiennent leur nom du vocable corse qui sert à désigner les puits : pozzi). Le ruisseau qui alimente le lac est en fait le Tavignanu, deuxième fleuve de Corse.

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Les pozzine du Tavignanu


La descente, le long du cours d’eau, est très agréable. Nous passons à proximité de bergeries dont celle de Vaccaghja et croisons un cavalier. La vallée calme et sereine semble sortie hors du temps, nous la traversons ébahis et charmés sur la pointe des pieds. A 14h25 c’est la fin d’une étape tranquille , nous campons au refuge de Manganu (1568m).

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Sente le long du Tavignanu


Vers 18h30, il se met à pleuvoir et un groupe d’une douzaine de personnes arrive alors que le refuge est rempli. Heureusement qu’il y a des tentes mises à disposition en cas d’affluence. Nous partageons notre dîner avec d’autres randonneurs au refuge. Spaghettis aux figatellis cuits à la poêle, précédés des habituels coppa et lonzo, de fromage et de fruits secs (figues et bananes) constituent notre repas.

De Manganu à l’Onda (J7) :

Nous avons décidé de doubler l’étape du jour, donc nous nous levons à 6h15. Un grand ciel bleu et un froid de canard (il fait 0°C) nous accueillent à la sortie de la tente.
A 7h20 nous entamons une rude ascension à travers les aulnes. Après le franchissement d’une barre rocheuse incisée par le torrent, le GR traverse une cuvette où les pozzines ont fini de remplacer un ancien lac : des randonneurs y ont planté une tente, bonjour l’humidité !
A 1960 mètres le sentier rejoint un tout petit lac, il reste seulement 250 mètres de la dénivellation destinée à la mise en jambe. Les rochers sont saupoudrés de neige.

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De gros nuages arrivent...


A 2225 mètres (le point le plus haut du GR ) la Bocca a e Porte (ou brèche de Capitellu) nous offre une extraordinaire vue plongeante sur deux des plus beaux lacs glaciaires de l’île : les lacs de Capitellu et de Melu, au pied des caractéristiques dalles rocheuses de la Punta Capitellu.

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Les lacs glacières corses


Cheminant en crête, sur un sentier de pierraille, peu commode même si l’on est alors en descente nous atteignons bientôt la Bocca a Soglia (2052m). Nous progressons ensuite sur les contreforts de la Punta Muzella, pratiquement en courbe de niveau, en zone de roches et d’éboulis. Une courte mais rude ascension nous conduit à la Bocca Rinosa (2120m) d’où nous admirons les deux lacs du Rinosu et des arêtes inconnues.

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Crètes et aiguilles


Nous attaquons ensuite la montée jusqu’à la Bocca Muzzela (2206m), puis c’est une raide descente jusqu’au refuge de Pietra Piana (1842m) que nous atteignons à 12h20. Nous prenons des nouvelles de Nicolas qui s’ennuie à la plage, nous lui faisons part de notre décision d’effectuer la totalité du GR20 et il décide de rentrer à Paris le lendemain.
Pendant le repas le temps se gâte. Le temps de finir le fromage et la neige se met à tomber. A 13h30 nous entamons la descente, la neige laisse place à la grêle et à l’orage (juste quelques coups de tonnerre), puis c’est au tour de la pluie. Une fois assez bas dans la vallée de Manganellu, le temps s’améliore et nous effectuons plusieurs poses dans la forêt de pins larici et de hêtres pour ramasser des champignons (lactaires, pieds de moutons, girolles, coulemelles et quelques cèpes).
A la bergerie de Tolla (1011m) nous achetons du fromage, de la coppa et du lonzo puis poursuivons vers le point le plus bas de la journée, la passerelle de Tolla (942m). Nous remontons ensuite, toujours en cherchant des champignons, vers le refuge de l’Onda(1430m). Avant l’arrivée (18h15), la pluie se remet à tomber. Trés fatigué, et ayant mis un pied dans l’eau glacée d’un torrent je maudis les conditions météo...
Heureusement, le berger de l’Onda qui s’occupe également du refuge nous invite à prendre un remontant pour nous réchauffer. Entre deux averses nous montons la tente (nous sommes les seuls à bivouaquer) dans un terrain herbeux et clôturé que nous partageons avec le cheval du berger. Retour au chaud dans la bergerie (1400m) accueillante, nous goûtons le pastis corse, quatre personnes (un couple et deux gars, d’Avignon) se joignent à nous pour le repas : eux aussi ont ramassé des champignons (des lactaires) ! Nous achevons mon lomo, puis attaquons la soupe du berger, suivent les deux grandes poêlés de champignons, et le fromage clôt le repas.
A noter qu’une variante qui passe par les crêtes permet de rallier Pietra Piana à l’Onda.

De l’Onda à Vizzavona (J8) :

La nuit est humide et ventée. Au petit matin nous déjeunons à la bergerie, achetons du fromage au berger. Ce dernier m’échange mon chèque contre du liquide (nos euros ont fondu comme neige au soleil) et nous donne les coordonnées d’un refuge privé pour le soir. A la fin de l’averse (8h50) nous repartons sous un ciel nuageux pour la montée jusqu’à la Punta Muratellu (2020m).
La longue descente jusqu’à la gare de Vizzavona (920m) est monotone, d’autant plus que la pluie est à nouveau revenue. A noter les belles piscines naturelles qui annoncent au fil de l’eau les « cascades des anglais » (autrefois appelées « cascades des italiens ») un lieu très visité du fait de sa facilité d’accès à partir de Vizzavona. La forêt nous fourni une fois encore quelques champignons (girolles, pieds de moutons, cèpes à tête rouge).
A 16h20, une bonne mousse au bar de la gare et nous passons un coup de fil au refuge « Chez Pierrot ». Pierrot en personne vient nous chercher en voiture, le refuge est à 3 kilomètres de la gare, au village de Tattone. Nous y retrouvons les quatre avignonnais de la veille. Une douche chaude et un lit au sec : c’est le grand luxe ! Pierrot nous donne 6 œufs et de l’huile pour que nous préparions nos champignons. L’apéro à base de pastis corse se déroule dans une bonne ambiance. Pierrot conduit les avignonnais au restaurant pendant que nous cuisinons notre omelette et nos champignons frits. Nous partageons le tout avec Pierrot qui nous fait goûter de son fromage maison (très fort mais excellent).

De Vizzavona au col de Verde (J9) :

Après un excellent petit déjeuné (grand bol de chocolat au lait, pain frais, beurre et confitures) Pierrot nous dépose devant le départ du GR à 8h15. Nous avons un gros pain commandé la veille et qui est tout frais, à peine sorti du boulanger. Les 2h15 de montée sans à-coups nous mènent à la Bocca Palmente (1640m). Le début s’effectue dans la forêt de Vizzavona (pins larici sous lesquels les hêtres tentent de se frayer un chemin vers la lumière) pour finir dans une aulnaie.

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La mer au loin se dessine


Du col, le chemin plonge en direction des bergeries d’ALZETA puis nous évoluons, en courbe de niveau, en limite de forêt de résineux et de la couverture d’aulnes pour atteindre la crête d’U Cardu (1515m).
Vers 12h30 le misérable refuge d’E Capannelle (1586m) qui ressemble à un squat dans un terrain vague nous incite à pousser la marche afin de déjeuner dans un endroit agréable. Nous quittons les pylônes de cette petite station de ski et une demi-heure plus tard nous nous arrêtons au bord du chemin pour nous restaurer (entre temps j’ai trouvé 3 cèpes en plein milieu du chemin).
Nous progressons dans la forêt riche en champignons (girolles, pieds de moutons et cèpes) jusqu’à la Bocca di Verde (1289m) où nous nous arrêtons à 18h15. Le temps a été clément : variable et frais mais sans pluie. Le refuge privé est desservie par la route. Une bonne bière, l’installation de la tente, une douche chaude et il est temps de préparer le repas. Un jeune couple de hollandais fait cuire des trompettes de la mort : nous leur faisons découvrir nos variétés de champignons.

Du col de Verde à Usciolu (J10) :

Ravitaillement en pain et décollage à 8h25 sous un ciel bleu pour attaquer la montée jusqu’à la Bocca d’Oru (1840m).
Le ciel se couvre durant l’ascension, le brouillard se lève et c’est l’orage de grêle. Je suis en short et pas fier de l’être car le vent et la grêle sont frigorifiants, je ne sens plus mes jambes !! Positif, je me dis que cela est préférable à un pantalon trempé... La grêle laisse sa place à la pluie, le brouillard est toujours présent. Nous passons devant le refuge de Prati (1820m) pratiquement sans nous en rendre compte. Nous poursuivons notre ascension et entre deux averses déjeunons rapidement (le réchaud crache plus de flammes que d’habitude pour chauffer l’eau le plus rapidement possible).
Nous avons dû passer à la Punta di a Capella (2041m) avant ou après manger, je ne m’en souviens plus tellement nous étions pressés et dans le brouillard. Vers 13h nous arrivons à la Bocca di Laparo (1525m), le temps se lève et nous découvrons une vue somptueuse sur les montagnes, la mer et l’Italie. Les passages dans le brouillard doivent valoir le coup d’œil par beau temps.
La suite de l’étape est riche en cèpes, ils sont partout ! J’en cueille un énorme (au moins 500g). Nous remplissons nos sacs à dos tout au long de la montée jusqu’à la Bocca di a Furnicola (1950m).
La descente au refuge d’Usciolu (1750m) est sans difficulté. Arrivée à 17h30. Une photo de notre cueillette s’impose : en plus du gros cèpe, reposent sur la table une girolle d’un fort beau gabarit et une flopée de jolis cèpes. Pendant que Fred nettoie les champignons je monte la tente. Le gardien nous donne de l’huile, nous lui donnons le gros cèpe. Ravitaillement en chocolat et pain. Nous partageons les trois poêlées avec six autres randonneurs.

D’Usciolu à Asinao (J11) :

Le réveil est froid : il fait 2°C dans la tente !
Un des randonneurs qui a goûté à nos cèpes veut se débarrasser d’un pot de confiture de prunes faite maison : je me fais un plaisir de le délester et elle passe dans nos estomacs pendant le petit déjeuné, sur du pain c’est un régal !
Départ à 8h30 sous un ciel bleu. 45 minutes plus tard le brouillard nous gâche la vue depuis les crêtes. A la Punta di a Scadatta (1836m) nous entamons la descente alors que les nuages désertent le ciel.
A 12h30 nous commençons notre repas alors que les nuages se rassemblent pour nous arroser, nous obligeant à finir de nous restaurer à l’abri d’un grand hêtre. A 13h00 nous repartons dans la forêt sous l’orage, deux minutes suffisent pour rejoindre la passerelle suspendue d’U Traghjettu d’U Furcinchesu (à environ 1450m) qui annonce le début d’une longue ascension (680m en deux heures trente). Nous subissons la légère pluie pendant 1h30 et à la sortie du bois c’en est fini des intempéries.
C’est à 2134 mètres que s’élève le Monte Alcudina (faussement orthographié Incudine), nous y effectuons une halte goûter-photos : les montagnes plongeant dans la mer valent l’ascension.

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Le mont Incudine


Puis c’est la descente vers le refuge d’Asinau (1530m) : fin de la journée de marche à 17h10. La « récolte » de cèpes est bonne : encore trois poêlées avec du lard et de l’ail offerts par le gardien. Le refuge est complet, deux matelas sont installés par terre et il faut presque prendre un ticket pour accéder aux plaques de gaz. Nous terminons notre repas juste avant l’extinction des feux à 21 heure et rejoignons notre tente.

JOUR 12 (dimanche 29 septembre 2002) :

A 7h40 nous entamons notre dernière journée de marche. Le temps est beau mais pas chaud et nous ne verrons pas un nuage de la journée. Une longue descente et les aiguilles de Bavedda se profilent. Nous les contournons par d’agréables sentes aux parfums de la garrigue pour arriver à la Foce De Bavedda (1218m). Une variante « alpine » qui traverse les aiguilles, est également possible et conseillée par beau temps.

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A proximité des aiguilles de Bavedda


Une portion de route goudronnée mène au hameau de Bavedda où se côtoient restaurants et bus de touristes puis les chemins et la tranquillité reprennent leurs droits pour nous mener jusqu’au ruisseau de Vulpajola (1010m), puis montons jusqu’à la Foce Finosa (1206m) d’où nous admirons la mer et les aiguilles.

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Paysage près d’I Paliri


Nous déjeunons à 13 heures dans le cadre idyllique du refuge d’I Paliri. A 14 heures nous repartons en direction de la mer qui est maintenant proche. Les chemins sont agréables et nous arrivons à Conca (252m) à 18h30 quand même assez fatigués par cette journée de marche très intense. Mais voilà, nous avons terminé le GR20 !! et marché environ 170 kilomètres.

JOUR 13 (lundi 30 septembre 2002) :

Nous profitons maintenant du temps retrouvé pour profiter de l’atmosphère paisible de l’endroit et de l’ombre agréable des vieux chênes. Rangement et lecture sont au programme puis ,trop vite, vient l’heure de la navette qui nous conduit à l’arrêt de bus de Santa Lucia di Purtivechju, cinq kilomètres plus loin. Le bus remonte la côte est et nous laisse à 15h40 à Casamozza où nous devons prendre le train de 17h00 pour l’île Rousse. La vieille locomotive tirant ses deux wagons, serpentant à flanc de montagne, me laisse le temps de savourer ces derniers instants au cœur de la montagne corse. A 18h00 l’île Rousse se profile puis Calvi nous retrouve et le soleil dépasse les montagnes...

Les graphiques qui suivent proviennent de l’altimètre de Fred.


Le graphique correspond aux jours 1 et 2. Le saut correspond au réglage de l’altitude le matin du jour 2, l’altitude de départ n’étant pas la bonne (Fred avait oublié d’étalonner son altimètre).


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P.-S.

Textes de Fred et Guillaume

Commentaires

1 Message

  1. Le GR 20 en Corse

    Yepla l’ami !

    Hébé ça m’a fait bien plaisir de relire notre aventure !
    Et ça m’a donné envie d’y retourner ! D’autant plus que j’ai trainé mes chaussures sur le Mare a mare centre en juin 2005 : c’est quand même une très belle île.

    Fred

    par Fred | 4 mai 2007, 10:42

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